<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>100 nuits &#187; Contre-Point</title>
	<atom:link href="http://www.100jours2012.org/100nuits/category/projets/contre-point/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.100jours2012.org/100nuits</link>
	<description>Projet 100jours2012</description>
	<lastBuildDate>Tue, 20 Nov 2012 15:53:32 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
		<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
		<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=3.8.41</generator>
	<item>
		<title>-06 &#171;&#160;Là, les nécessaires révolutions&#160;&#187;</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/29/06-la-les-necessaires-revolutions/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/29/06-la-les-necessaires-revolutions/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 29 Apr 2012 20:05:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Audrey Mariette]]></category>
		<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=1825</guid>
		<description><![CDATA[Par Audrey Mariette Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, + 89 de Sylvain George Le film Les Nuées (Well, my black mama’s face shine like the sun) (+ 89, Sylvain &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/29/06-la-les-necessaires-revolutions/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/29/06-la-les-necessaires-revolutions/' addthis:title='-06 &#171;&#160;Là, les nécessaires révolutions&#160;&#187; '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify" align="LEFT"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Par Audrey Mariette</span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="LEFT"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><em>Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, <a href="http://www.100jours2012.org/blog/2012/04/24/89/">+</a></em><a href="http://www.100jours2012.org/blog/2012/04/24/89/"> 89 <em>de</em> Sylvain George</a></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="LEFT"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Le film <em>Les Nuées (Well, my black mama’s face shine like the sun)</em> (<a href="http://www.100jours2012.org/blog/2012/04/24/89/"><span style="color: #0070c0">+ 89, Sylvain George, 24.04.2012, 100jours</span></a>) résonne fortement avec la couverture télévisuelle de la campagne présidentielle par tout ce qui l’y oppose. Les images en noir et blanc d’une femme et d’un enfant noirs devant une tente montée à l’abri d’un hangar désaffecté contrastent fortement avec celles aux couleurs vives des plateaux télévisés. Opposition également entre les corps et les visages de migrants noirs du film et ceux d’hommes politiques blancs sur fond bleu-roi ou rouge-rose. Entre les images silencieuses (à part quelques mots prononcés à voix basse dans une langue étrangère par les migrants) et les discours politiques et commentaires journalistiques qui ponctuent la campagne électorale. Entre les plans fixes, qui prennent leur temps, et le défilé d’images télévisuelles qui nous présentent des politiciens qui se doivent d’être dans « l’action » – cette « action » évoquée dans la bande son d’un autre film de la semaine (<a href="http://www.100jours2012.org/blog/2012/04/25/90/"><span style="color: #0070c0">+ 90, Fabien Fischer, 25.04.2012, 100jours</span></a>). En ces temps de campagne, on est peu habitués à voir à l’écran un espace vide de vies humaines, un espace statique avec ici des tas de vêtements, des chaussures, là une poussette d’enfant, du linge suspendu, ou encore des chaises abandonnées – qui ne sont pas sans faire écho à celles, vides également, du film de Fabien Fischer (<a href="http://www.100jours2012.org/blog/2012/04/25/90/"><span style="color: #0070c0">+ 90, 25.04.2012, 100jours</span></a>). C’est seulement après le départ des policiers dans un trafic immatriculé 62 que cet espace sera peu à peu réinvesti par les migrants qui sortent de sous terre et par leurs gestes, ceux d’un quotidien précaire : de l’eau qui chauffe dans un broc à même le feu, un homme qui sert le café dans des gobelets en plastique qu’il vient de rincer avec un jerricane d’eau, des hommes qui mangent autour d’une poêle, un homme qui fait sa prière… <span id="more-1825"></span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="LEFT"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Si ces images et ces sons contrastent aussi fortement avec ceux de l’actualité électorale, c’est qu’ils donnent à voir et à entendre (par la quasi-absence de paroles) une population et une réalité sociale très largement « invisible ». C’est d’ailleurs la démarche à laquelle le réalisateur est associée à propos de son film <em>Qu’ils reposent en révolte</em> (2011) distribué en dehors des circuits commerciaux : « Sylvain George filme les êtres sans nom et sans visage, privés de parole comme d’image et voués aux Limbes de l’histoire : les migrants. Son projet a pour seul but de donner une visibilité à cet invisible. […] Montrer l’invisible implique aussi de le montrer autrement, sous un visage autre qui déjoue les stratégies dominantes de la communication médiatique »<a name="sdfootnote1anc" href="#sdfootnote1sym"></a><sup>1</sup>. Dans <em>Les Nuées…</em>,<em> </em>le propos final énoncé par une voix féminine sur le fond noir du générique de fin situe ce film court entre art et politique : « Qu’est-ce ? Le vent, ma fuite, ma peur. […] Qu’est-ce ? Un geste qui se saisit de la nuit comme manteau pour apparaître et disparaître et faire front. Ici les guerres ouvertes et continues, là les nécessaires révolutions. »</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">En finissant sur les « nécessaires révolutions » dans une période où l’on entend surtout parler de « nécessaires réformes », le film de Sylvain George soulève des thématiques politiques – celle des migrants et des étrangers, celle des conditions d’hébergement et du logement – qui apparaissent constituer des thèmes qui clivent de moins en moins la droite et la gauche de gouvernement (exception faite de la question du droit de vote aux étrangers). Sur la politique d’immigration<a name="sdfootnote2anc" href="#sdfootnote2sym"></a><sup>2</sup> d’abord : les deux candidats en lisse se montrent tous deux fermes (réduction de l’immigration – plus exactement de l’« immigration économique » du côté du PS – et refus des régularisations massives de sans-papiers). Sur la question du logement ensuite : aucun des deux candidats n’a fait de cette problématique pourtant centrale<a name="sdfootnote3anc" href="#sdfootnote3sym"></a><sup>3</sup> un marqueur prioritaire de sa campagne. Et ce malgré les événements de cet hiver (expulsions de Rroms, expulsions d’immeubles pour cause d’insalubrité en région parisienne, hébergement d’urgence – 115 – surchargé, etc.), mais aussi les mobilisations de personnalités publiques qui les ont accompagnés. A l’image du film de Sylvain George, la politisation de cette question vient en effet de l’extérieur de l’espace politique. Outre Éric Cantona, on peut ici citer le cas (peu médiatisé) du réalisateur Cédric Kahn qui s’est associé à la lutte des expulsés – pour beaucoup travailleurs immigrés sans-papiers<a name="sdfootnote4anc" href="#sdfootnote4sym"></a><sup>4</sup> – de Saint-Denis (93) pendant l’hiver<a name="sdfootnote5anc" href="#sdfootnote5sym"></a><sup>5</sup>. Comme <em>Les Nuées…</em>, ces mobilisations ne sont pas sans rappeler celles des cinéastes pour les sans-papiers en 1997 et en 2007.Si ces derniers ont pour point commun de souligner leur « indépendance » vis-à-vis de l’espace politique (ils revendiquent le fait de ne pas agir au nom d’un parti ou d’un syndicat), leur engagement pour ces causes – qui, dans quelques rares cas<a name="sdfootnote6anc" href="#sdfootnote6sym"></a><sup>6</sup>, passent par la réalisation de films (documentaires ou fictions) mettant en scène les classes populaires les plus précaires –<a name="sdfootnote7anc" href="#sdfootnote7sym"></a><sup>7</sup> permettent de faire contrepoids à l’espace politique, espace dans lequel ces populations sont soit inexistantes soit stigmatisées.Au même moment, parce qu’elles constituent une large partie de l’électorat, les classes populaires les plus stables sont à l’inverse fortement instrumentalisées dans les discours des candidat-e-s à l’élection présidentielle. Du moins le temps d’une campagne.</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: x-small">1<sup></sup> Gabriel Bortzmeyer et Eugenio Renzi, « &nbsp;&raquo;Qu’ils reposent en révolte&nbsp;&raquo;, Sylvain George renouvelle le cinéma militant », Rue89, 22 novembre 2011. Lien : <a href="http://www.rue89.com/2011/11/22/quils-reposent-en-revolte-sylvain-george-renouvelle-le-cinema-militant-226781">http://www.rue89.com/2011/11/22/quils-reposent-en-revolte-sylvain-george-renouvelle-le-cinema-militant-226781</a> </span></p>
<div style="text-align: justify">
<p align="LEFT"><span style="font-size: x-small">2<sup></sup> Pour une approche socio-historique de cette politique, voir Sylvain Laurens, <em>Une politisation feutrée. Les hauts fonctionnaires et l’immigration en France</em>, Paris, Belin, 2009.</span></p>
</div>
<div style="text-align: justify">
<p align="LEFT"><span style="font-size: x-small">3<sup></sup> On sait notamment que les phénomènes de gentrification – à savoir les processus de transformation d’anciens quartiers populaires en quartiers bourgeois – se développent (pour un exemple aux États-Unis, voir Sylvie Tissot, <em>De bons voisins. Enquête dans un quartier de la bourgeoisie progressiste</em>, Paris, Raisons d’agir, 2011) et que les politiques publiques relatives au logement servent avant tout « la cause des propriétaires » (voir Hélène Michel, <em>La cause des propriétaires. État et propriété en France fin XIXe-XXe siècle</em>, Paris, Belin, 2006).</span></p>
</div>
<div style="text-align: justify">
<p align="LEFT"><span style="font-size: x-small">4<sup></sup> Pour une approche sociologique des récentes mobilisations de sans-papiers, voir Pierre Barron, Anne Bory, Lucie Tourette, Sébastien Chauvin et Nicolas Jounin, <em>On bosse ici, on reste ici ! La grève des sans-papiers : une aventure inédite</em>, Paris, La Découverte, 2011.</span></p>
</div>
<div style="text-align: justify">
<p align="LEFT"><span style="font-size: x-small">5<sup></sup> Avant d’être expulsés, certains d’entre eux squattaient l’immeuble dans lequel a été tournée une partie du dernier film du réalisateur, <em>Une vie meilleure</em>, sorti en salles en janvier 2012.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-size: x-small">6<sup></sup> Soulignons que les classes populaires – qu’il s’agisse des franges les plus marginalisées ou celles plus stables et plus traditionnelles – sont largement sous-représentées dans le cinéma français commercialisé en salles. </span></p>
</div>
<div style="text-align: justify">
<p align="LEFT"><span style="font-size: x-small">7<sup></sup> Sur cette question, voir Audrey Mariette, « &nbsp;&raquo;Engagement par les œuvres&nbsp;&raquo; et/ou &laquo;&nbsp;par le nom&nbsp;&raquo;. Le cas des réalisateurs du &laquo;&nbsp;cinéma social&nbsp;&raquo; français dans les années 1990-2000 » <em>in</em> Violaine Roussel (dir.), <em>Les artistes et la politique. Terrains franco-américains</em>, Vincennes, <span style="color: #000000">Presses Universitaires de Vincennes, 2010, </span>p. 189-218.</span></p>
</div>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/29/06-la-les-necessaires-revolutions/' addthis:title='-06 &laquo;&nbsp;Là, les nécessaires révolutions&nbsp;&raquo; '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/29/06-la-les-necessaires-revolutions/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>-14 En Flânant en chemin</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/21/14-en-flanant-en-chemin/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/21/14-en-flanant-en-chemin/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 21 Apr 2012 12:35:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Stéphane Vaquero]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=1540</guid>
		<description><![CDATA[Par Stéphane Vaquero  Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, + 84, de Georges Morère.  « Lui laisser ma pension de réversion, au moins mourir tranquille s&#8217;il y a quoi que ce &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/21/14-en-flanant-en-chemin/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/21/14-en-flanant-en-chemin/' addthis:title='-14 En Flânant en chemin '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Par Stéphane Vaquero</p>
<p style="text-align: justify"> <span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, <a href="http://www.100jours2012.org/blog/category/numeros/84/">+ 84, de Georges Morère.</a> </span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"> <span style="color: #008000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">« <em>Lui laisser ma pension de réversion, au moins mourir tranquille s&rsquo;il y a quoi que ce soit qui se passe, voilà. </em>»</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Certes, l&rsquo;amour passionnel n&rsquo;est plus présent. Mais il existe mille manières de vivre en couple, de vivre le couple, et c&rsquo;est la leur. Le partage du quotidien, une grande complicité, des discussions, des ballades&#8230; Et une manière de construire la vie au quotidien, de « traverser l&rsquo;adversité » et de passer de bons moments. Évidemment, la question de la vie après le départ de l&rsquo;autre se posera, elle se pose déjà&#8230;</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #008000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">« <em>Moi l&rsquo;essentiel c&rsquo;est&#8230; je suis bien avec Patrice, l&rsquo;essentiel c&rsquo;est qu&rsquo;on continue ensemble.</em> »</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #008000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">« <em>Voilà, quand j&rsquo;ai fêté mes 40 ans, nous avions invité toute la famille et tous nos amis&#8230; ça fait partie des bons moments qu&rsquo;on a passés tous les deux, avec ceux qu&rsquo;on aimait et qu&rsquo;on aime encore&#8230;</em> »</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #008000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">« <em>Voilà, il restera ces souvenirs et si un jour je refais ma vie je ne pourrai jamais les oublier, ce sera jamais comme&#8230;</em> »</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #008000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">« <em>Une tumeur au cerveau, malheureusement en phase terminale, voilà&#8230; Les soins palliatifs, il n&rsquo;y a malheureusement pas de guérison possible, on sait très bien que ça va se terminer par un décès dans les hôpitaux&#8230;</em> »</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Malheureusement pour certains d&rsquo;entre eux, la maladie n&rsquo;a pas épargné ces vies de couple ordinaires. Cet homme de presque 50 ans se rend à l&rsquo;hôpital et consacre sa vie de tous les jours, voit son quotidien bouleversé par le soutien qu&rsquo;il veut apporter à la personne qu&rsquo;il aime et avec qui il a envie de poursuivre sa vie. La maison qu&rsquo;ils ont achetée ensemble, des familles qui se sont connues, qui ont fait la fête ensemble, qui ont célébré l&rsquo;union et leur vie de couple.</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Heureusement, le Code Civil prévoit pour les personnes mariées la possibilité pour le « dernier vivant » de rester en possession de la maison achetée ensemble, et de bénéficier de la pension de réversion si la personne décédée était retraitée. Que serait la vie de cet homme s&rsquo;il était obligé de revendre leur maison ? Et cette femme qui veut s&rsquo;assurer de la capacité de l&rsquo;autre à subvenir à ses besoins si elle venait à partir en premier ?</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Oui. Mais la différence, c&rsquo;est qu&rsquo;<em>elle</em> se préoccupe de son <em>amie</em>, qu&rsquo;<em>il</em> est bien avec <em>Patrice</em>, et que <em>cet homme</em> se rend à l&rsquo;hôpital pour épauler et aider son <em>ami</em>.</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Tous ces couples, toutes ses vies, ne sont ni plus ni moins précaires que les autres face à la maladie et à la mort. Leur différence réside dans le fait de partager et d&rsquo;aimer une personne du même sexe. <span id="more-1540"></span>Quoi de plus intime, non pas comme choix, mais comme parcours de vie ? De quel droit ces vies-là ne devraient-elles pas être protégées par les filets juridiques accordés aux personnes mariées ? L’État fixe un cadre protecteur aux personnes unies devant le Maire, indépendamment de la charge symbolique que représente la cérémonie du mariage. Certes, la famille est ce que l&rsquo;on appelle en sociologie une « institution ». Une institution au fondement à la fois social, politique (dont les règles sont fixées par le cadre légal) et religieux pour certains. Pour certains ? S&rsquo;il est vrai que les couples qui décident de se marier font le choix de la cérémonie religieuse ou non, sur quel autre fondement que le fondement moral pourrait s&rsquo;appuyer la discrimination en droit qui empêche les couples homosexuels de bénéficier des mêmes droits que les couples hétérosexuels ?</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #ff0000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">« <em>Le pacs oui d&rsquo;accord, mais le pacs ça donne quoi ? À part payer un peu moins d&rsquo;impôts, oui, et encore&#8230; mais à part ça ? Pour moi c&rsquo;est de la poudre aux yeux. Qu&rsquo;on parle de mariage homosexuel je veux bien, mais il faut que tout le reste suive, tous les avantages, tous les biens communs soient réunis, faut que ce soit comme les autres personnes quoi ! Moi demain mon ami vient à décéder, je suis obligé de vendre la maison&#8230; C&rsquo;est pas normal, la maison on l&rsquo;a payée à deux&#8230; Moi si mon ami vient à mourir demain je suis obligé de repartir à zéro quoi !</em> »</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Depuis 1960, le nombre annuel de divorces a été multiplié par quatre ; il y a environ 100 000 mariages de moins chaque année ; désormais la majorité des enfants naissent de parents non mariés. Depuis 1999, le pacs (Pacte civil de solidarité) permet aux couples homosexuels et hétérosexuels une reconnaissance légale de leur union. Cette innovation juridique va dans le sens d&rsquo;une moindre emprise de l&rsquo;institution sociale du mariage dans la vie en couple. Selon le sociologue Wilfried Rault<a href="#sdfootnote1sym"><sup>1</sup></a>, les couples ont largement investi cette possibilité d&rsquo;union : aujourd&rsquo;hui environ 200 000 pacs sont signés chaque année, presque autant que de mariages, et ils le sont à plus de 90 % par des couples de sexe opposé. Mais le pacs permet une grande souplesse d&rsquo;appropriation symbolique par les contractants. Wilfried Rault a rencontré des couples qui peuvent investir symboliquement leur union par le pacs (dans deux sens bien différents : comme des « fiançailles », préalables au mariage, ou bien comme un « mariage alternatif », notamment pour des couples hétérosexuels) ou au contraire l&rsquo;appréhender simplement comme une possibilité de se protéger administrativement et financièrement, dans le cas de l&rsquo;achat d&rsquo;une maison par exemple. Là encore, le pacs peut être un préalable ou une alternative au mariage.</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Pourtant il y a des domaines que seul le mariage protège. Pour un couple homosexuel par exemple, il existe deux possibilités pour avoir un enfant : soit l&rsquo;un des deux partenaires a un enfant seul ou d&rsquo;une précédente union, soit l&rsquo;un des deux partenaires adopte. Dans tous les cas l&rsquo;adoption conjointe n&rsquo;est pas autorisée par le pacs. Autre domaine qui touche de plein fouet les couples homosexuels dont l&rsquo;un des deux décède : la pension de réversion (la part de retraite que touche automatiquement le survivant si le couple est marié) n&rsquo;existe simplement pas. Ainsi un retraité homosexuel, même pacsé, ne peut s&rsquo;assurer du maintien des ressources financières de son conjoint s&rsquo;il décède.</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #ff0000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><em>« Je suis pour l&rsquo;égalité des droits dans tous les domaines, qu&rsquo;on l&rsquo;appelle le « mariage autrement », je m&rsquo;en fiche, si le pacs donne les mêmes droits que le mariage, eh ben ce sera parfait pour moi, voilà. »</em></span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">L&rsquo;inégalité de droits entre un couple marié et un couple pacsé relève de la discrimination et deux questions bien différentes se posent aujourd&rsquo;hui. La première est celle de la reconnaissance du mariage homosexuel en France qui est légalisé dans une quinzaine de pays dans le monde, dont certains où la religion catholique est prégnante (l&rsquo;Espagne, l&rsquo;Argentine). Là-dessus la France est à la traîne, et 10 ans de majorité parlementaire à droite n&rsquo;ont pas arrangé les choses. Christine Boutin n&rsquo;est pas la seule à droite à s&rsquo;opposer fermement à cette évolution institutionnelle, et les dérapages homophobes plus ou moins contrôlés le montrent clairement. Malgré tout, cette question de la reconnaissance du mariage homosexuel relève autant du symbolique que du juridique. Il existe un moyen bien plus simple et rapide pour permettre à ces couples de ne pas rajouter inutilement des difficultés humaines et financières à la souffrance de la perte d&rsquo;un proche : donner aux partenaires d&rsquo;un pacs les mêmes droits qu&rsquo;à des personnes mariées. Autoriser le versement de la pension de réversion ne grèverait pas lourdement le budget des caisses de retraite ; accroître la solidarité financière en termes de succession ou automatiser le transfert de l&rsquo;autorité parentale en cas de décès du parent biologique pénaliserait qui au final ? Les familles de la personne décédée, dans le cas où elles n&rsquo;accepteraient pas de voir ces droits transférés non pas à eux mais au survivant du couple. Ce qui paraît « normal » et « naturel » dans le cas de couples hétérosexuels (après tout, les beaux-parents ne sont pas obligés de bien s&rsquo;entendre avec le conjoint survivant, pour autant ils n&rsquo;en ont pas plus de droits en cas de décès de la personne) ne l&rsquo;est pas pour les couples homosexuels et dans le cadre du pacs ce genre d&rsquo;innovation pourrait être pris rapidement, dès cet été, par un gouvernement qui reconnaîtrait pleinement la légitimité des couples homosexuels à vivre et à avoir des enfants. Ce qui n&rsquo;occulte pas la question du mariage homosexuel, mais qui peut être débattue plus sereinement si ça ne se fait pas dans l&rsquo;urgence. L&rsquo;urgence se trouve dans le rétablissement plein et entier de l&rsquo;égalité de droits, qui doit être fait au plus tôt et peut être voté dans les semaines suivant les élections parlementaires.</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Une autre conséquence positive liée au fait de consolider le pacs et pas seulement le mariage homosexuel est que ça enlèverait une autre forme de discrimination : celle qui s&rsquo;opère aujourd&rsquo;hui envers les couples hétérosexuels qui décident de ne pas remettre leur union aux mains de l&rsquo;institution du mariage et qui pour autant sont en droit de revendiquer la protection dont jouissent les personnes mariées. </span></span></span></p>
<p style="text-align: justify" align="JUSTIFY"><span style="color: #000000"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">L&rsquo;institution du mariage perpétue par le droit des valeurs religieuses qu&rsquo;un État laïque doit pouvoir neutraliser, au sens de rendre neutre moralement. Le pacs semble être un outil approprié pour aller en ce sens, il faut terminer le travail engagé il y a maintenant 13 ans.</span></span></span></p>
<div style="text-align: justify">
<p><a href="#sdfootnote1anc">1</a> Rault Wilfried, « Entre droit et symbole », <em>Revue française de sociologie</em>, 2007, vol. 48, no 3, pp. 555–586.</p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/21/14-en-flanant-en-chemin/' addthis:title='-14 En Flânant en chemin '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/21/14-en-flanant-en-chemin/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>-21 Qui tourne en rond ?</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/14/21-qui-tourne-en-rond/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/14/21-qui-tourne-en-rond/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 14 Apr 2012 12:50:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Sandrine Nicourd]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=1421</guid>
		<description><![CDATA[Par Sandrine Nicourd Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, +74 d’Adèle Mees-Baumann La nuit, une fête foraine, puis les images « embarquées » dans une attraction à sensations fortes aux lumières étincelantes. Ce &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/14/21-qui-tourne-en-rond/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/14/21-qui-tourne-en-rond/' addthis:title='-21 Qui tourne en rond ? '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Par Sandrine Nicourd</p>
<p><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, <a href="http://www.100jours2012.org/blog/category/numeros/74/">+74 d’Adèle Mees-Baumann</a></span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">La nuit, une fête foraine, puis les images « embarquées » dans une attraction à sensations fortes aux lumières étincelantes. Ce film (Adèle Mees-Baumann, 100 jours, + 74) se termine sur un autre manège, sur une autre façon de tourner en rond : des poneys tirés par un homme, seul, triste. Ce manège, d’un autre temps, ferme, faute de « client » alors que le premier continue à transporter ses voyageurs pour de nouveaux … tours accompagnés de cris, toujours les mêmes.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">De ces images émerge le contraste : l’agitation de la modernité technique des manèges « à sensations » et la lenteur des pas des poneys tirés par un homme. </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Deux mondes qui tournent en rond ; le monde de la technologie et le monde sans technologie, le monde électrique, électronique et le monde manuel, mécanique ; un monde sans visage d’un côté et un monde avec le seul regard d’un homme qui attend dans le vide, comme s’il était lui-même enchaîné à un mouvement perpétuel, répétitif presqu’aliénant.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Ces deux mondes apparaissent-ils dans la campagne présidentielle ? Les lumières et les sensations fortes de certains rassemblements politiques, shows modernes produisent des discours qui tournent souvent en rond. Ces spectacles politiques portés par les partisans, militants, électeurs avec plus ou moins d’émotions ne laissent-ils pas de côté ces multiples vies quotidiennes sans échappée ? Des hommes et des femmes qui n’ont pas le choix mais qui doivent « tourner » avec des moyens rudimentaires et qui doivent attendre, parfois dans le désespoir ou l’isolement. Sociétés à plusieurs vitesses qui ne se rencontrent pas ; l’une s’éteint quand l’autre continue de tourner dans les cris de peurs, elles aussi encadrées par les dispositifs technologiques. Chaque cri, artificiellement cathartique, arrive au moment attendu, prévu par l’attraction, par le spectacle. N’y a-t-il pas d’autres espaces pour crier ? Pour faire entendre des voix mais surtout pour leur donner sens ?<span id="more-1421"></span></span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Deux mondes dans la même fête foraine, à l’image du film qui se déroule à Liège mais qui pourrait être partout dans les sociétés occidentales. Forme caricaturale d’une mondialisation culturelle populaire. Nous sommes bien loin des formes originelles des fêtes populaires, des foires aux théâtres ambulants, des arts de la pantomime comme nous le montrait Marcel Carné dans « Les enfants du paradis », loin des saltimbanques créatifs de la commedia dell’ arte, des spectacles colorées par des mots et de jeux de scènes. Tristes consommations culturelles ? </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Fêtes foraines, miroirs de la société, comme dans un cabinet de curiosités du 19 ème ? Fêtes qui proposent des ruptures éphémères dans le temps et l’espace mais donnent l’illusion tout en imposant la norme d’aller toujours plus haut, plus vite, dans des attractions toujours plus extra ordinaires ? Les scènes où les poneys sont tirés par cet homme ne permettent pas de s’envoler d’une autre façon, de trouver de nouveaux souffles. Comme si les pesanteurs du passé venaient se heurter aux artifices de la modernité, comme s’il fallait sortir de ces deux mondes pour en imaginer d’autres où les relations retrouveraient d’autres sens pour d’autres sensations … </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Les élections sont aussi l’occasion de reposer la question d’une politique culturelle en France. Une politique qui aurait pour principal programme de résister aux formes standardisées et marchandes de la culture mondialisée. Une politique qui pourrait chercher à reconnaitre toutes les initiatives qui ne bénéficient pas de lumières étincelantes mais qui permettent à des associations de faire vivre d’autres formes d’expression. Pas de sensation forte mais des mises en forme d’émotions qui ouvrent les sens, les horizons du possible, qui mettent des mots sur l’invisible et le complexe sans se soumettre aux normes de la culture dominante et/ou élitiste. Et si on reprenait le fil des initiatives des mouvements d’éducation populaire ? </span></span></p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/14/21-qui-tourne-en-rond/' addthis:title='-21 Qui tourne en rond ? '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/14/21-qui-tourne-en-rond/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>-28 La tomate, un objet sociologique ?</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/07/28-la-tomate-un-objet-sociologique/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/07/28-la-tomate-un-objet-sociologique/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 07 Apr 2012 11:30:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Stanislas Morel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=1278</guid>
		<description><![CDATA[Par Stanislas Morel Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, +67 de Jean-Gabriel Périot Ce film retient l’attention pour plusieurs raisons. Tout d’abord par l’ambiguïté du statut respectif des images et &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/07/28-la-tomate-un-objet-sociologique/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/07/28-la-tomate-un-objet-sociologique/' addthis:title='-28 La tomate, un objet sociologique ? '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Par Stanislas Morel</p>
<p style="text-align: justify"><em>Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, <a href="http://www.100jours2012.org/blog/category/numeros/67/">+67 de Jean-Gabriel Périot</a></em></p>
<p style="text-align: justify">Ce film retient l’attention pour plusieurs raisons. Tout d’abord par l’ambiguïté du statut respectif des images et du texte. S’agit-il d’un documentaire où figure une voix off ou, comme on peut plutôt le penser, d’un texte illustré par des images, à la manière de ces clips musicaux que l’on peut visionner sur Internet dans lesquelles un diaporama d’images accompagne la musique ? Ensuite, par la relation de sens énigmatique qui unit les images au texte, tantôt tellement inattendue (comme ces images pornographiques pour illustrer l’évolution du genre humain), tantôt tellement illustrative (un paysage enneigé pour l’hiver, un oiseau recouvert de mazout pour évoquer les risques de pollution) qu’on ne peut s’empêcher de penser que cette incongruité et cette redondance sont signifiantes, qu’elles sont l’expression esthétique de l’absurdité d’un monde où l’authentique disparaît derrière des clichés envahissants et où les messages sont répétés jusqu’à être vidés de leur sens par saturation. Enfin, par la voix posée, voire enjouée, et la ritournelle de la musique de fond, qui paraissent en complet décalage avec la gravité du message. Il résulte de cette distance qui parcourt le film un cocktail étrange d’impressions : étonnement, indignation, rire.<br />
Si les sociologues cultivent la distance et provoquent parfois l’étonnement, voire l’indignation, ils sont rarement drôles.<span id="more-1278"></span> Habituellement associés à certains objets « sérieux » que leur discipline a abondamment traités (l’échec scolaire, le chômage, la délinquance, l’immigration, les « jeunes de cité » ou la grande bourgeoisie, etc.), ils ont pourtant, depuis longtemps, diversifié leurs centres d’intérêt et la tomatologie, comme le montre ce film, pourrait, à juste titre, devenir un des domaines privilégiés de l’innovation (et pourquoi pas de l’humour) sociologique. Aussi, à la question éponyme d’un colloque organisé en octobre dernier par une auguste institution de recherche (« Les fruits et légumes : un objet sociologique ? »), nous répondrons ici, film à l’appui, par l’affirmative, tout en se gardant de trancher imprudemment une question dont la complexité scientifique ne cesse de plonger les chercheurs les plus expérimentés dans des abîmes de perplexité.<br />
Que la tomate (Solanum lycopersicum) soit un objet privilégié des sciences « dures », Georges Perec en avait magistralement déjà administré la preuve grâce à sa célèbre étude (« Experimental Demonstration of the Tomatotopic Organization in the Soprano »), dans laquelle il étudie les effets neuronaux de la « réaction yellante » (hurlement) provoquée, chez la cantatrice chauve, par le lancer de tomate. Mais, le film montre que la tomate est un objet tout aussi digne d’intérêt pour les sciences sociales et cela à de multiples titres.<br />
Aussi étonnant que cela puisse paraître, la tomate constitue d’abord, n’ayons pas peur de le dire avec Marcel Mauss (qui, j’espère, ne m’en voudra pas de parodier un tantinet le concept majeur de sa sociologie), un « fait social total », caractérisé par la pluralité de ses dimensions : économique, culturelle, écologique, politique. En choisissant, à travers un parti pris esthétique, mais aussi sociologique, de se focaliser sur les différentes générations de tomates et sur leurs trajectoires biographiques, le film appréhende des phénomènes sociaux aussi centraux que l’internationalisation des échanges commerciaux, les transformations des modes de production, la construction sociale des goûts et des couleurs, l’immigration, la précarité, etc. Élément princeps, la tomate, toute dégueulasse qu’elle soit, a ainsi le charme des objets séminaux autour desquels semble s’organiser le monde des hommes.<br />
Les sociologues davantage portés vers l’anthropologie culturelle, au nombre desquels je ne me compte pas, tireront tout autant profit de leur incursion en tomatologie. Ils pourront voir dans la tomate, un élément culturel cristallisant certains traits essentiels de notre société. Par ses couleurs changeantes, son goût insipide, son odeur aseptisée et sa forme vulvo-testiculaire (surtout en été), elle peut symboliser la superficialité, la versatilité, mais aussi les passions sanguinaires et sexuelles<sup><sup>1 </sup></sup>ainsi que le côté irrésistiblement queer de notre postmodernité. Lisse et insipide, la tomate est un fétiche, passion de la surface à l’image du goût pour les corps et la peau des jeunes Lolitas, plastiques et plastifiés, de l’imaginaire pornographique.<br />
La tomate est tout aussi intéressante pour la sociologie de la stratification sociale et des styles de vie, bien que cet aspect soit un peu absent du film. Certes, l’authentique tomate a disparu (les graines originelles en sont mêmes interdites) et une uniforme insipidité semble irrésistiblement s’imposer, mais on gagnerait cependant à souligner la persistance de différences au sein de la gente tomatesque. Je n’ai pas fait d’enquête en tomatologie, mais les tomates cerises cueillies directement sur leur tige dans le jardin de ma mère, n’ont, je peux vous l’assurer, pas le même goût que celles de la barquette achetée à 0,99 euro en grande surface. D’un point de vue sociologique, il serait donc judicieux de répertorier les différentes variétés de tomates et leur rareté, ainsi que la pluralité des usages sociaux qui en sont faits : de la grosse tomate mise dans la bonne vieille soupe de légumes à la petite tomate cerise trônant sur son canapé. À n’en pas douter, la tomate a des vertus distinctives aussi bien pour l’agriculteur « bio », le client des AMAP ou le bourgeois fortuné qui peuvent tous se targuer de ne pas manger des ersatz de fruits et légumes.<br />
Si la démonstration de l’auteur est convaincante (en plus d’être délicieusement illustrée), je n’adhère cependant pas à sa conclusion dans laquelle il tisse une analogie entre les tomates et les élections : « les élections &laquo;&nbsp;staracadémisées&nbsp;&raquo; qui arrivent en France, comme cela est valable pour les précédentes, et les suivantes, comme celles de tous les autres pays soi-disant démocratiques sont, dit-il, à la politique ce que les tomates, surtout en hiver, sont à notre alimentation : elles sont inutiles, dégueulasses et désastreuses ». L’étude des trajectoires biographiques des tomates espagnoles doit-elle nécessairement nous conduire à la conclusion un peu anarco-jospino-guignolesque que les élections qui nous attendent sont des « élections de merde » dans un « pays de merde ! » peuplé d’« électeurs de merde » ? À côté de ceux qui produisent et mangent, bon gré mal gré, des tomates insipides, il faut rappeler l’existence de foyers de résistance où, faisant de la tomate, une arme peu contendante mais très salissante (surtout quand elle est pourrie), on s’en sert comme instrument de lutte. En définitive, en tomatologie comme en toute science, la complexité s’impose. Symbole de la passivité face aux forces destructrices actuellement à l’œuvre dans nos sociétés, la tomate est aussi l’expression d’une révolte active et, à bien y regarder, une des seules violences (lorsqu’elle est lancée), pas seulement symbolique, officieusement accordée au peuple dans notre régime « démocratique ».</p>
<p style="text-align: justify"><a name="sdfootnote1sym" href="#sdfootnote1anc"></a><em>1 Malgré les suggestions du film, il faut néanmoins remarquer la position dominée de la tomate dans l’espace des sex toys végétaux, la carotte, le concombre et la banane, plus faciles d’emploi, conservant leur position dominante.</em></p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/07/28-la-tomate-un-objet-sociologique/' addthis:title='-28 La tomate, un objet sociologique ? '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/04/07/28-la-tomate-un-objet-sociologique/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>-35 Sous la plage</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/31/35-sous-la-plage/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/31/35-sous-la-plage/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 31 Mar 2012 01:04:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Anne Bory]]></category>
		<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=1116</guid>
		<description><![CDATA[Par Anne Bory Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, +65 d&#8217;Ismaël Cobo. Tout le monde n’a pas eu la chance de passer ses étés d’enfance à Argelès-sur-mer. Des kilomètres de &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/31/35-sous-la-plage/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/31/35-sous-la-plage/' addthis:title='-35 Sous la plage '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Par Anne Bory</p>
<p style="text-align: justify"><em>Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine</em>, <a href="http://www.100jours2012.org/blog/2012/03/31/65/">+65 d&rsquo;Ismaël Cobo.</a></p>
<p style="text-align: justify">Tout le monde n’a pas eu la chance de passer ses étés d’enfance à Argelès-sur-mer. Des kilomètres de sable entre la montagne qui plonge dans la Méditerranée et l’embouchure du Tech, un bois de pins où manger une glace à l’ombre, les ballades digestives le long du bord de mer, les copines du mois d’août…Tout le monde n’a pas eu la chance de ces promenades avec un grand-père (dé)roulant les « r », ses souvenirs et l’histoire familiale à mesure que s’alignent les parasols, les pieds dans l’eau. Après l’espace où les manèges de la fête foraine attendent le soir et leurs visiteurs, au bout du chemin qui oscille entre les immeubles de vacanciers et les pins, mon conteur s’arrête. Une stèle rappelle qu’à cet endroit où les enfants rebondissent sur les trampolines, il y avait un camp. Entre les pins et la mer, un camp. Mon grand-père raconte : la Retirada, les files de réfugiés espagnols traversant les villages, leur fatigue, leur tristesse, l’incrédulité des badauds, et ce camp. La police française y a enfermé en 1939 environ 100 000 personnes, membres de l’armée républicaine, brigadistes internationaux, civils fuyant le franquisme. Les « étrangers indésirables » et les Juifs leur ont ensuite succédé, jusqu’à ce que le camp devienne un chantier de jeunesse en 1941. Les parasols disparaissent, la douceur de l’été a l’air dérisoire, presque insultante.<span id="more-1116"></span></p>
<p style="text-align: justify">Francisco Serrano raconte Argelès-sur-mer, 73 ans après. Il raconte l’enfermement, la faim, l’humiliation, l’abandon. Il raconte les enfants, la neige qui se mélange au sable, les conditions de vie précaires dans ce camp de fortune. Il rappelle le froid, la haine, la défaite, le sentiment d’abandon à l’égard des pays voisins, les solidarités qui s’épuisent sous l’effet de l’enfermement et de la faim. Un camp pour les étrangers, un parmi de nombreux autres, construits avant lui, construits après aussi. Les espaces au sein desquels une association comme la Cimade<a title="" href="#_ftn1">[1]</a> intervient illustre bien ces figures de « camps d’étrangers »<a title="" href="#_ftn2">[2]</a> depuis l’époque où Francisco Serrano est arrivée en France : camps d’ « évacués » alsaciens et lorrains en 1939, de Juifs étrangers et d’opposants allemands au nazisme (dont Argelès, en 1940-41), résistance pendant l’Occupation allemande, camps d’internement pour les indépendantistes algériens, et enfin, depuis 1984, centres de rétention administrative (CRA), que l’Etat n’appelle plus des camps, mais qui témoignent bien de cet « encampement » des étrangers dont parle Michel Agier<a title="" href="#_ftn3">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify">Avec la construction de l’immigration comme un « problème » et de l’expulsion comme solution, significativement depuis les années 1970, le triptyque expulsion-internement-camp s’impose dans le traitement politique de l’immigration. Les centres de rétention administrative sont ainsi le produit d’une triple histoire : celle du confinement des « indésirables », nationaux et étrangers, celle de l’expulsion comme solution au « problème » de l’immigration, celle du contrôle des populations étrangères (et significativement des populations colonisées)<a title="" href="#_ftn4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify">A partir de 1975, la rétention administrative des étrangers irréguliers se diffuse, se légalise, se pérennise. On est loin du camp de fortune sur la plage d’Argelès : les CRA des années 2000 ont fait l’objet de programmes de construction spécifiquement conçus pour la rétention des étrangers<a title="" href="#_ftn5">[5]</a>. Depuis la loi du 26 novembre 2003, les étrangers en situation irrégulière peuvent être placés en rétention sans que l’administration ait besoin de le justifier, et ce jusqu’à 32 jours, contre 12 précédemment. Ce délai a été porté à 45 jours par la loi dite Besson/Hortefeux/Guéant du 16 juin 2011, « relative à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité ». Mais la rétention administrative ne résume pas la politique répressive de l’Etat à l’égard des étrangers. La chasse aux étrangers en situation irrégulière, opportunément qualifiés de clandestins dans de nombreux discours, a ainsi connu une accélération depuis le début des années 2000, et pris des formes multiples. Ainsi, la mise en place d’objectifs chiffrés de reconduite à la frontière (on passe en conséquence de 9227 étrangers expulsés en 2001 à 29288 en 2009<a title="" href="#_ftn6">[6]</a>) a augmenté le contrôle policier. Elle s’est accompagnée de la mobilisation d’administrations de plus en plus nombreuses pour participer  à la chasse aux sans-papiers – terme apparu lui aussi dans les années 1970 – (inspection du travail, URSSAF…) et pour priver les sans-papiers de l’accès aux droits sociaux (sans pour autant les empêcher d’y cotiser….)<a title="" href="#_ftn7">[7]</a>. Enfin, les diverses restrictions apportées au droit du séjour, ce « droit sans droits »<a title="" href="#_ftn8">[8]</a>, ont réduit les possibilités de régularisation. L’ensemble de ces dispositifs a donc eu pour effet d’augmenter le nombre d’expulsions, mais, et peut-être surtout, d’augmenter le contrôle sur l’ensemble des étrangers et de les réprimer<a title="" href="#_ftn9">[9]</a>. En effet, « seules » 15% des mesures d’éloignement prononcées en 2008 ont donné lieu à une expulsion. Il semble bien que le déploiement de ces politiques répressives diffusées à des pans entiers de l’appareil administratif soit au moins autant un facteur de discipline qu’un facteur d’expulsion.</p>
<p style="text-align: justify">Mais la figure de Francisco Serrano, anarchiste, exilé, « encampé », qui évoque les républicains espagnols, « pionniers de la liberté » dans la lutte contre le franquisme, rappelle que les camps d’étrangers ont enfermé et enferment encore des résistants : révoltes dans les centres de rétention, grèves de la faim, grèves du travail, les étrangers que l’Etat confine dans la clandestinité ou dans des CRA font aujourd’hui régulièrement entendre leur voix. Le film s’achève sur le visage presque centenaire de cet « étranger », jamais retourné en Espagne, qui se souvient d’Argelès il y a 73 ans. Et on regrette que le film ne dure pas plus longtemps, car on devine que son récit pourrait éclairer utilement d’autres facettes du monde social qui nous entoure.</p>
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> L’acronyme signifie Comité inter-mouvements auprès des évacués. Créée en 1939 par des dirigeants de mouvements de jeunesse protestants, la Cimade a ainsi fait ses débuts en aidant les « évacués » d’Alsace-Lorraine.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Marc Bernardot, <em>Camps d’étrangers</em>, Editions du Croquant, collection Terra, 2008.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> Michel Agier, « L’encampement du monde », <em>Plein droit </em>n°90, octobre 2011, p. 21-24.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref4">[4]</a> Nicolas Fischer, « La frontière pour lieu de vie. La rétention administrative en France », <em>Contretemps</em>, janvier 2012. <a href="http://www.contretemps.eu/interventions/fronti%C3%A8re-lieu-vie-r%C3%A9tention-administrative-en-france">http://www.contretemps.eu/interventions/fronti%C3%A8re-lieu-vie-r%C3%A9tention-administrative-en-france</a></p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref5">[5]</a> Voir « Les anticipations de l’éloignement », <em>Cette France-là</em>, volume 1, pour une analyse et une cartographie de la multiplication des lieux d’enfermement des étrangers et la banalisation de cette pratique au cours des années 2000. <a href="http://www.cettefrancela.net/volume-1/descriptions/article/les-anticipations-de-l-eloignement">http://www.cettefrancela.net/volume-1/descriptions/article/les-anticipations-de-l-eloignement</a></p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref6">[6]</a> Rapport 2010 du comité interministériel de contrôle de l’immigration.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref7">[7]</a> Pour un développement de ces mesures, voir Pierre Barron, Anne Bory, Sébastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie Tourette, <em>On bosse ici, on vit ici ! La grève des sans-papiers : une aventure inédite</em>, Editions La Découverte, 2011.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref8">[8]</a> Selon l’expression de Danièle Lochak dans son ouvrage <em>Étrangers : de quel droit ?</em>, PUF, 1985, p. 208</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref9">[9]</a> Sur la pénalisation du contrôle de l’immigration, voir Nicolas Fischer et Mathilde Darley, « Le traitement de l’immigration, entre logique administrative et logique pénale », <em>Champ pénal</em>, vol. VII, 2010, p.2-9. <a href="http://champpenal.revues.org/7843">http://champpenal.revues.org/7843</a></p>
</div>
</div>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/31/35-sous-la-plage/' addthis:title='-35 Sous la plage '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/31/35-sous-la-plage/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>-42 Un cerveau humain non disponible</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/24/42-un-cerveau-humain-non-disponible/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/24/42-un-cerveau-humain-non-disponible/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 24 Mar 2012 16:20:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>
		<category><![CDATA[Wenceslas Lizé]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=1020</guid>
		<description><![CDATA[Par Wenceslas Lizé Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine,+57 d’Anthony Bonnin. La caméra (au poing) suit de près un homme vêtu de noir marchant d’un pas déterminé, en pleine journée, &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/24/42-un-cerveau-humain-non-disponible/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/24/42-un-cerveau-humain-non-disponible/' addthis:title='-42 Un cerveau humain non disponible '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Par Wenceslas Lizé</p>
<p align="JUSTIFY"><em><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine,<a href="http://http://www.100jours2012.org/blog/category/numeros/57/">+57 d’Anthony Bonnin.</a></span></span></em></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">La caméra (au poing) suit de près un homme vêtu de noir marchant d’un pas déterminé, en pleine journée, dans le centre-ville de Poitiers. Le froissement de ses vêtements se mêle en fond sonore à des sons électroniques sourds et lancinants, produisant ainsi une ambiance passablement inquiétante. Sa voix, anormalement grave – elle est déformée à la manière des témoins qui souhaitent conserver l’anonymat – prononce alors ces mots : « <em>J’ai fini par agir, en en réglant soigneusement tous les détails</em> ». Impossible de ne pas songer alors à l’éventualité d’une action violente (les meurtres et la traque de Mohamed Merah saturent l’actualité…). </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Quel acte irréparable l’homme en noir s’apprête-t-il à commettre ? Ouvrant successivement au cours du film plusieurs panneaux publicitaires, il remplace les affiches qu’ils contiennent par d’autres affiches sur lesquelles figurent, non plus des publicités, mais des citations d’intellectuels, plus ou moins critiques de la publicité, du consumérisme, du libéralisme voire du capitalisme.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">S’il n’y a finalement pas d’acte violent, c’est pourtant bien à un attentat – symbolique – que se livre le personnage du film<span id="more-1020"></span>. Violant cette parcelle privatisée de l’espace public, cet espace publicitaire concédé par le public au privé pour permettre à ce dernier de prescrire au public ses désirs en matière de biens et de services, l’acte commis par le protagoniste du film d’Anthony Bonnin est un véritable sacrilège envers l’ordre marchand. Il constitue, en effet, une rupture radicale avec l’évidence communément admise de la présence de la publicité dans l’espace public et dans les médias.<!--more--> Cette évidence est le produit d’un long processus de naturalisation qui trouve sa forme la plus aboutie dans la revendication du caractère artistique ou culturel de la publicité (« 8</span></span><sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">ème</span></span></sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"> art », « culture pub », etc.) et qui tend à dissimuler la violence à la fois symbolique et économique qu’elle exerce quotidiennement sur chacun d’entre nous. La publicité possède, en effet, cette visée aliénante qui consiste à produire en chaque individu le désir des biens et des services qu’elle promeut, et ce en recourant à des techniques de persuasion agressive (matraquage</span></span><sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><a href="#sdfootnote1sym"><sup>1</sup></a></span></span></sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">, manipulation mentale recourant aux neurosciences</span></span><sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><a href="#sdfootnote2sym"><sup>2</sup></a></span></span></sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">, etc.). Partant, elle est à l’origine de frustrations liées au décalage entre les produits qu’elle prescrit à tous et ceux auxquels la grande majorité a véritablement accès. Mais la principale perversité du dispositif publicitaire réside sans doute dans le fait que c’est le consommateur lui-même qui finance l’action de conditionnement dont il est l’objet, et en quelque sorte deux fois : en achetant les supports où elle est diffusée (magazine, cinéma, chaînes de télévision, etc.) et en achetant le produit (son prix comprend toujours une part relative aux dépenses publicitaires). </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">L’action de l’homme en noir s’apparente à celles des « Casseurs de pub » et s’inscrit dans une longue tradition de critique de la publicité apparût simultanément avec son développement et récemment associée à une dénonciation de l’hégémonie des marques</span></span><sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><a href="#sdfootnote3sym"><sup>3</sup></a></span></span></sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">. Comme dans ce dernier cas, la critique portée par le film d’Anthony Bonnin dépasse explicitement celle de la publicité pour s’étendre au consumérisme et au capitalisme qui l’encadre. Parce que, comme l’indiquait Raymond Williams, l’un des fondateurs des </span></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><em>cultural studies</em></span></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">, « la publicité moderne fait partie du système de contrôle du marché », elle est un dispositif vital de l’économie capitaliste, destiné à organiser et à garantir la demande, sans lequel les processus coûteux de capitalisation et d’équipement seraient trop risqués</span></span><sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><a href="#sdfootnote4sym"><sup>4</sup></a></span></span></sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Mais la subversion d’un espace privé dédié à la publicité en faveur de l’expression de la critique prend également sens au travers des informations que le narrateur livre sur lui-même, comme s’il dévoilait les raisons qui l’ont poussé à agir. « </span></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><em>Ce pourquoi je travaillais me paraissait juste : l’enseignement et la culture, c’était un choix de vie. Quand on travaille pour un projet culturel, on a souvent tendance au jusqu’au-boutisme. On en oublie son couple, sa famille, ses amis. On en oublie même son corps qu’on maltraite allègrement en dormant peu, en mangeant mal, en ne se soignant pas. Le manque de moyens fait qu’on travaille en plus pour des salaires modestes</em></span></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"> ». Traditionnellement porteurs de dispositions au désintéressement et des valeurs de création ou d’éducation, les professionnels de la culture et de l’enseignement sont particulièrement affectés par l’expansion contemporaine des logiques issues du champ économique à l’ensemble des univers sociaux : valorisation du profit, rationalité marchande, poids croissant de la publicité et du management, etc. « </span></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><em>J’ai réalisé en travaillant pour des collectivités ou des associations non lucratives que beaucoup reproduisent finalement des schémas organisationnels proches de ceux des grandes entreprises, avec les mêmes questions de productivité, de rentabilité, de croissance budgétaire, de management, de rationalisation du travail, d’exploitation de l’humain</em></span></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"> ». La politique culturelle qui œuvrait dès les années 1980 en faveur de « la réconciliation de l’art et de l’économie »</span></span><sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><a href="#sdfootnote5sym"><sup>5</sup></a></span></span></sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"> et qui promeut volontiers aujourd&rsquo;hui la culture comme source de profit et de développement économique</span></span><sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><a href="#sdfootnote6sym"><sup>6</sup></a></span></span></sup><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"> n’est pas étrangère aux transformations</span></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">à l’œuvre au sein des univers artistiques et culturels (intensification de la concurrence, dégradation des conditions de vie et de travail, concentration économique croissante des entreprises culturelles et médiatiques) et à la perte d’autonomie du champ culturel au profit des logiques de fonctionnement et des valeurs du monde économique. Sous cet angle, on ne peut que laisser le mot de la fin au personnage principal : « </span></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"><em>J’ai le sentiment que […] l’on ne peut pas produire le meilleur en calquant son fonctionnement sur celui des organisations qu’on dénonce ici ou ailleurs. […] J’espère ne pas tomber dans ce piège lorsque je reprendrai une activité. Je devrai le faire en inventant autre chose, parce qu’il y a autre chose à inventer… parce que l’utopie ne se rêve pas, elle se décide !</em></span></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium"> »</span></span></p>
<p><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Wenceslas Lizé est enseignant-chercheur en sociologie à l’Université de Poitiers. </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote1anc">1</a> Certaines études avancent que le nombre de publicités auxquelles sont exposés chaque jour les états-uniens a explosé au cours de la dernière décennie pour aboutir à 3 000 annonces par jour.</p>
<div>
<p><a href="#sdfootnote2anc">2</a><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"> Voir Marie Bénilde, </span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><em>On achète bien les cerveaux.</em></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><em>Médias et publicité</em></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif">, Raisons d’Agir, 2007.</span></p>
</div>
<div>
<p><a href="#sdfootnote3anc">3</a><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"> Naomi Klein,</span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><em> No Logo</em></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif">, Actes Sud, 2001.</span></p>
</div>
<div>
<p><a href="#sdfootnote4anc">4</a><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"> Raymond Williams, </span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><em>Culture &amp; matérialisme</em></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif">, Les prairies ordinaires, 2009.</span></p>
</div>
<div>
<p><a href="#sdfootnote5anc">5</a><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"> Vincent Dubois, </span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><em>La politique culturelle. Genèse d’une catégorie d’intervention publique</em></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif">, Belin, 1999.</span></p>
</div>
<div>
<p><a href="#sdfootnote6anc">6</a><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"> Vincent Dubois (avec Clément Bastien, Audrey Freyermuth et Kévin Matz), </span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><em>Le politique, l’artiste et le gestionnaire. (Re)configurations locales et (dé)politisation de la culture</em></span><span style="font-family: Helvetica,sans-serif">, Editions du Croquant, 2012.<br />
</span></p>
<p>&nbsp;</p>
</div>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/24/42-un-cerveau-humain-non-disponible/' addthis:title='-42 Un cerveau humain non disponible '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/24/42-un-cerveau-humain-non-disponible/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>-49 « Mon pauvre&#8230; »</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/17/51-mon-pauvre/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/17/51-mon-pauvre/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 17 Mar 2012 13:17:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[-100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Frédéric Lebaron]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=859</guid>
		<description><![CDATA[par Frédéric Lebaron Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, +50 d’Isabelle Taveneau. Les statistiques de la pauvreté diffusées par Eurostat [1] indiquent que la proportion de « personnes en risque de pauvreté &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/17/51-mon-pauvre/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/17/51-mon-pauvre/' addthis:title='-49 « Mon pauvre&#8230; » '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">par Frédéric Lebaron</p>
<p style="text-align: justify"><em>Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine,<a href="http://www.100jours2012.org/blog/2012/03/16/50/"> +50 d’Isabelle Taveneau.</a></em></p>
<p style="text-align: justify">Les statistiques de la pauvreté diffusées par Eurostat [1] indiquent que la proportion de « personnes en risque de pauvreté après transferts sociaux » a augmenté depuis 2007 en France, pour s&rsquo;établir à 13,5% en 2010. Les données de l&rsquo;INSEE vont dans le même sens. A l&rsquo;échelle de la zone euro, la tendance est également à la hausse depuis 2005. On peut raisonnablement penser que la situation s&rsquo;est encore dégradée en 2011 et 2012, notamment dans les pays périphériques de la zone euro (Grèce, Portugal, Espagne&#8230;), soumis à de violents plans d&rsquo;ajustement structurel qui entraînent un recul brutal du niveau de vie moyen : celui des plus démunis est, bien sûr, encore plus touché.</p>
<p style="text-align: justify">Au sein de la population mondiale, c&rsquo;est la croissance rapide de l&rsquo;économie chinoise qui explique pour une large part la tendance à la baisse de la part des personnes disposant de moins de 2 $ (en parités de pouvoir d&rsquo;achat) par jour pour vivre. Mais le nombre absolu de personnes sous-alimentées a dépassé le milliard en 2009, pour baisser à nouveau légèrement en 2010 [2].</p>
<p style="text-align: justify"><span id="more-859"></span></p>
<p style="text-align: justify">Cependant, toutes les statistiques courantes restent muettes sur le sujet de ce court-métrage: la violence symbolique, et pas seulement matérielle, qui est associée à la situation de précarité, au chômage et au dénuement.</p>
<p style="text-align: justify">Cette violence symbolique (que l&rsquo;on peut définir comme une force impalpable, de nature surtout psychique, qui s&rsquo;exerce sur un individu) est l&rsquo;une des dimensions de l&rsquo;expérience quotidienne des personnes en situation de pauvreté. Elle redouble les effets matériels de l&rsquo;insécurité économique, en faisant intérioriser aux dominés, sous forme de « honte », le sentiment de nécessité et d&rsquo;indignité de leur situation, tout en contribuant à inhiber en eux toute velléité de révolte [3].</p>
<p style="text-align: justify">Ici un homme d&rsquo;âge moyen, assis devant une table de cuisine dans un logement dépouillé d&rsquo;ornements et de luxe&#8230; La nappe et le petit air d&rsquo;accordéon pourraient rappeler les (inoubliables) « Deschiens », mais le ton est d&rsquo;une toute autre nature que les borborygmes de Yolande Moreau ou les vérités aussi impénétrables que définitives de François Morel, Bruno Loché et leurs acolytes&#8230; La situation ne prête pas à rire.</p>
<p style="text-align: justify">Répondant à une voix féminine, l&rsquo;homme parle avec force, face à la caméra, de son expérience du mépris: celui de certains « proches », révélé par une remarque à l&rsquo;occasion d&rsquo;un repas, les commentaires moralisants de personnes modestes qui devraient pourtant, selon lui, ne pas chercher à se « distinguer » d&rsquo;encore plus démunis qu&rsquo;eux&#8230; Il évoque aussi les paroles malheureuses d&rsquo;agents du guichet de Pôle emploi, parfois volontairement blessants ou même menaçants, laissant entrevoir la fin prochaine de l&rsquo; « assistanat » et un monde darwinien d&rsquo;où toutes les protections collectives auraient disparu&#8230; Dans tous les cas, la stigmatisation, même insidieuse, du « pauvre » ou du « chômeur », produit des effets concrets: elle blesse, inhibe, et finit par « enfoncer »&#8230; Pour le dire autrement, dans les mots du sociologue, elle participe à la reproduction de la condition dominée des franges inférieures, précarisées, des classes populaires.</p>
<p style="text-align: justify">Si l’homme n&rsquo;utilise plus les mots « pauvre » ou « petit », même dans de banales expressions, c&rsquo;est pour nous faire bien mesurer toute la charge symbolique associée aux mots, qui sont plus que des simples véhicules de l&rsquo;information: ils ont un pouvoir « social » et « politique » (une « force illocutoire », dirait le philosophe John L. Austin), ici un pouvoir d&rsquo;assignation et d&rsquo;imposition d&rsquo;une philosophie implicite de l&rsquo;ordre social. Les mots du « discours public » ou du « discours social » tout autant que les mots quotidiens des proches et des quidams, ce langage dans lequel nous sommes constamment immergés, structurent notre perception de la réalité sociale.</p>
<p style="text-align: justify">Dans le mépris du « peuple » qui transpire des commentaires des politologues sur le vote Front National, il sent à nouveau la même assignation à l&rsquo;irrationalité qui fait des chômeurs des paresseux et des assistés, vecteurs qui plus est des pires immoralismes&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">Le discours sur le chômage, comme l&rsquo;a bien montré Emmanuel Pierru [4] est fortement imprégné d&rsquo;une philosophie morale, même lorsqu&rsquo;il est produit par des « savants » ou des « experts »&#8230; Derrière le discours sur la fraude aux allocations, la paresse ou les abus de toutes sortes se cache la remise en cause du principe de solidarité qui a légitimé la création de l&rsquo;assurance-chômage, l&rsquo;une des plus grandes conquêtes de l&rsquo;État social au vingtième siècle.</p>
<p style="text-align: justify">La dégradation sociale globale actuelle, en particulier en Europe, s&rsquo;exprime aussi par le développement, difficilement quantifiable, des petites et des grandes violences symboliques qui rendent le monde social de plus en plus irrespirable ; elles font de la « colère » la première réponse, individuelle et quelque peu désespérée. Car, se pose finalement -ici comme toujours- la question de l&rsquo;issue et de la « réaction » possible face à la violence symbolique: une autre violence, symbolique ou physique, sans doute, mais laquelle ?</p>
<p style="text-align: justify">On peut penser que la seule véritable réponse à la violence symbolique sera collective et organisée. Mais il ne suffira pas de revendiquer une hausse du salaire minimum ou des minima sociaux, ce qui est déjà très important, y compris en termes proprement symboliques : l&rsquo;enjeu est le droit à vivre dignement, et seul le mouvement conscient et rationnel vers une nouvelle société, sans pauvres et sans classes, le permettra peut-être un jour à toutes et à tous.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: x-small">1. Source: Eurostat.<br />
2. Jean Ziegler, Destruction massive. Géopolitique de la faim, Paris, Seuil, 2011.<br />
3. Voir Pierre Bourdieu et Coll., La misère du monde, Paris, Seuil, 1993 et Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Paris, Seuil, 1997.<br />
4. Emmanuel Pierru, Guerre aux chômeurs ou guerre au chômage, Bellecombe-en-Bauges, Croquant, 2004.</span></span></p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/17/51-mon-pauvre/' addthis:title='-49 « Mon pauvre&#8230; » '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/17/51-mon-pauvre/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>-56 Lavage de cerveaux</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/10/56-lavage-de-cerveaux/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/10/56-lavage-de-cerveaux/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 10 Mar 2012 11:55:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Gérard Mauger]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=761</guid>
		<description><![CDATA[par Gérard Mauger Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, propos de + 43 de Julie Dugué « La Marseillaise » et le linge qui tourne dans le tambour de la machine annoncent &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/10/56-lavage-de-cerveaux/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/10/56-lavage-de-cerveaux/' addthis:title='-56 Lavage de cerveaux '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">par Gérard Mauger</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><em><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, propos de <a href="http://www.100jours2012.org/blog/category/numeros/43/">+ 43 de Julie Dugué</a></span></span></em></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">« <em>La Marseillaise </em>» et le linge qui tourne dans le tambour de la machine annoncent la couleur : bleu, blanc, rouge. Des hommes et des femmes, jeunes et vieux, blancs et noirs, vaquent à leurs occupations dans une laverie automatique. En prêtant l’oreille, j’ai noté des bribes de discours de « <em>la France d’en haut </em>» &#8211; les habitués reconnaissent la voix de Hollande et celle de Sarkozy (c’est, d’ailleurs, le seul indice qui permette de les distinguer) &#8211; qui alternent avec des fragments de conversations de « <em>la France d’en bas</em> ».</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Côté « <em>France d’en haut </em>», le ton est grandiloquent, il s’agit des « <em>difficultés </em>» de « <em>la France d’en bas </em>» qui « <em>souffre </em>» et « <em>espère </em>», de la distance entre « <em>le haut </em>» et « <em>le bas </em>» qui voit « <em>le haut </em>» de loin, mais dont, assure l’un, les « <em>souffrances </em>» remontent vers « <em>le haut </em>».</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Côté « <em>France d’en bas </em>», on note : « <em>zéro </em>», dit l’une qui ne se laisse pas prendre au « <em>bourrage de crâne </em>». « <em>En France, on se complique la tête vraiment grave quoi </em>», alors que « <em>tout pourrait être plus simple </em>», dit l’autre qui refuse de « <em>se prendre la tête </em>».</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Côté « <em>France d’en haut </em>», de nouveau : il est question cette fois de « <em>la France </em>», d’ « <em>aimer la France</em> », de « <em>servir la France </em>».<span id="more-761"></span></span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Répliques de la « <em>France d’en bas </em>»: <em>« ils s’en fichent pas mal de nous ! </em>», déclare l’une ; « <em>on prend les gens pour des con</em>s ! », proteste l’autre qui concède qu’ « <em>il y a beaucoup de cons </em>». Puis, le propos s’élève. Détermination en dernière instance par l’économie : « <em>Le fric, toujours, le fric, le fric, le fric !</em> ». Ou, carrément, métaphysique : « <em>Mais on est sur terre pourquoi ? pourquoi faire ?</em> ». Et puis le mot de la fin: « <em>Il vaut mieux s’occuper de sa propre vie que d’attendre je sais pas quoi. Si on attend, on attend toute sa vie</em>. ».</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Que peut bien dire un sociologue confronté à cette mise en scène de la distance abyssale qui sépare les « profanes » des « professionnels » de la politique ?</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Quelle qu’en soit la forme (« affranchie » ou « démissionnaire »), l’indifférence déclarée à la scène politique et à ceux qui s’y agitent trouve son principe dans le capital scolaire détenu. L’intérêt pour la politique suppose à la fois une « compétence technique » – c’est-à-dire la capacité de comprendre le discours politique &#8211; mais aussi une « compétence sociale », c’est-à-dire le sentiment d’être statutairement fondé à s’occuper de politique. Mais on peut également se demander ce que cette indifférence politique &#8211; qui se traduit par une abstention croissante &#8211; doit à l’état d’une offre de produits politiques (programmes et candidats) de plus en plus indiscernables. De sorte que les profanes, condamnés à s’en remettre à des « marques » politiques, mais qui peinent à distinguer « la gauche » de « la droite » et à percevoir dans la compétition politique l’écho même assourdi de leurs préoccupations, n’ont finalement pas tout à fait tort de n’y prêter qu’une attention oblique.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Faut-il alors accréditer la sagesse de celui qui, dans la laverie, invite à « <em>cultiver son jardin </em>»? Outre le paradoxe d’un enthousiasme pour les ‘révolutions arabes’ qui s’accommoderait en France d’un « <em>élections piège à cons </em>», il faut rappeler &#8211; autre propos de sociologue &#8211; que l’élection peut permettre aussi d’affirmer une appartenance collective (comme le « vote de classe ») et de faire ainsi d’un agrégat d’individus un groupe. En apparence, « le groupe fait l’homme qui parle à sa place, alors qu’en réalité, il est à peu près aussi vrai de dire que c’est le porte parole qui fait le groupe », expliquait Bourdieu. S’il est vrai que cette alchimie est remise en cause par l’inexistence dans le champ politique, sinon d’une « marque », du moins de porte parole dans lesquels les client(e)s de la laverie puissent se retrouver, alors il n’y a pas de tâche plus urgente que la reconstruction d’une représentation des classes populaires dans le champ politique. De ce point de vue, le seul candidat vraisemblable est aujourd’hui celui du Front de Gauche. C’est pourquoi on peut (presque) appeler « sociologiquement » les clients de la laverie automatique à voter pour Mélenchon.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">. Pour en savoir plus, cf. Daniel Gaxie, <em>Le Cens caché. Inégalités culturelles et ségrégation politique</em>, Paris, Les Editions du Seuil, 1978 et Pierre Bourdieu, <em>La Distinction. Critique sociale du jugement</em>, Paris, Les Editions de Minuit, 1979, p. 463-541. </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">. Sur ce sujet, voir Céline Braconnier, Jean-Yves Dormagen, <em>La démocratie de l’abstention. Aux origines de la démobilisation électorale en milieu populaire</em>, Paris, Editions Gallimard, 2007.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">. Voir Patrick Lehingue, <em>Le Vote. Approches sociologiques de l’institution et des comportements électoraux</em>, Paris, Editions La Découverte, 2011.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">. Pierre Bourdieu, « La délégation et le fétichisme politique », <em>Actes de la recherche en sciences sociales</em>, n° 52-53, juin 1984, p. 3-14.</span></span></p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/10/56-lavage-de-cerveaux/' addthis:title='-56 Lavage de cerveaux '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/10/56-lavage-de-cerveaux/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>-63 La forme d&#8217;une ville</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/03/63-la-forme-dune-ville/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/03/63-la-forme-dune-ville/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 03 Mar 2012 18:03:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Sophie Orange]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=444</guid>
		<description><![CDATA[Par Sophie Orange Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine +35 de Thomas Hakenholz. « Ici ça va être détruit » Usines détruites. Squats désossés. Immeubles rasés. Ici, on casse et on brise. &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/03/63-la-forme-dune-ville/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/03/63-la-forme-dune-ville/' addthis:title='-63 La forme d&#8217;une ville '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Par Sophie Orange</p>
<p style="text-align: justify"><em>Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine <a href="http://www.100jours2012.org/blog/category/numeros/35/">+35 de Thomas Hakenholz</a>.</em></p>
<p style="text-align: justify">« Ici ça va être détruit »</p>
<p style="text-align: justify">Usines détruites. Squats désossés. Immeubles rasés. Ici, on casse et on brise.</p>
<p style="text-align: justify">« En fait ils ont tout détruit, ils ont détruit la vie des personnes ».</p>
<p style="text-align: justify">Ecroulées les façades, tombés les murs, effondrés les toits. En même temps que la géographie cède, ce sont des histoires que l’on fait taire. Les bâtiments sont comme des biographies individuelles et collectives cristallisées, réifiées. Lorsqu’on les détruit, on détruit plus que de la tôle, du parpaing ou du verre : on démolit des souvenirs, on déchire un groupe, on défait une mémoire collective. Si ces travailleurs, ces familles, sont tant attachés à ces murs, à ces portes, à ces machines, à ces couloirs, c’est que ces murs, ces portes, ces machines et ces couloirs portent leurs empreintes. La ville, la maison, la rue sont du social objectivé : ils fixent et font perdurer les liens amicaux et les liens familiaux. Ils supportent le passé des individus. Maurice Halbwachs écrivait que « lorsqu’un groupe est inséré dans une partie de l’espace, il la transforme à son image ».</p>
<p style="text-align: justify"><span id="more-444"></span>« Il faut que nous mettions la ville en ordre ».</p>
<p style="text-align: justify">Le bâti n’est pas neutre : il est porteur d’une idéologie historiquement et spatialement située. Comme l’appartement moderne construit et normalise la famille nucléaire, l’habitat pavillonnaire est gros de l’individualisme contemporain. Les principes économiques d’une société se lisent dans ses constructions. L’architecture façonne l’homme en constituant une puissante instance socialisatrice qui modèle les pensées et les actions des individus, qui canalisent leurs pratiques, qui calibrent leurs vies. Les formes forment : le panoptique de Bentham, le familistère de Guise, l’Unité d’habitation de Le Corbusier et autres habitations-laboratoires. Les catégories spatiales produisent des catégories mentales. Maurice Halbwachs poursuit : « Lorsqu’on sort du sommeil, le premier sentiment qu’on éprouve, c’est celui qu’on a de la position de son corps, de ses membres, de son orientation dans l’espace, par rapport aux meubles, aux murs de la chambre, à la fenêtre, etc. C’est là le premier fondement de notre vie mentale, ce sur quoi tout le reste s’édifiera, et qui n’a pas besoin du reste pour apparaître.»</p>
<p style="text-align: justify">« Ces rues sont à nous »</p>
<p style="text-align: justify">Occuper une usine, un logement, la rue… c’est suspendre un temps le rapport de domination qui fait que l’individu appartient davantage à l’usine, au logement ou encore à la rue, que l’inverse. C’est détourner quelque peu l’ordre social qui impose aux individus ses classements, ses partitions, ses assignations et ses places. Le squat constitue en cela un bel exemple de réappropriation de l’espace, de détournement, de glissement des frontières. Le squat dérange, car il dé-range. Il ne correspond pas au « bon » usage des lieux. Aujourd’hui, on encourage au calfeutrage. Enfermons-nous dans nos maisons, derrière nos murs, parquons-nous dans l’ordre établi. Ordonnons l’hétérogénéité des modes de vie dans des boîtes fermées et uniformes. Tirons le rideau sur les campements à ciel ouvert, clôturons les bruits et les odeurs, cachons la misère. Surtout, que rien ne dépasse, que rien ne déborde. La ville se fait orthopédique : elle discipline, elle rend docile.</p>
<p style="text-align: justify">« Le sol peut témoigner »</p>
<p style="text-align: justify">Au détour d’une rue : un graffiti sur un mur. Au détour d’une usine : un tract abandonné… Ouf, de l’air, on respire. Comme disait Gilles Deleuze, il reste « toujours de l’herbe entre les pavés ».</p>
<p style="text-align: justify">- Gilles Deleuze, Claire Parnet, <em>Dialogues</em>, Paris, Flammarion, 1996.<br />
- Julien Gracq, <em>La forme d’une ville</em>, Paris, Corti, 1985.<br />
- Maurice Halbwachs, <em>La mémoire collective</em>, Paris, Albin Michel, 1997 [1950]<br />
- <em>Tout bien rangé</em> <a href="http://www.armellecaron.fr/art/index.php?page=plans_de_berlin">http://www.armellecaron.fr/art/index.php?page=plans_de_berlin</a></p>
<p style="text-align: justify">
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/03/63-la-forme-dune-ville/' addthis:title='-63 La forme d&rsquo;une ville '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/03/63-la-forme-dune-ville/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>-70 Parler ou être parlé…</title>
		<link>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/02/25/70-contre-point/</link>
		<comments>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/02/25/70-contre-point/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 25 Feb 2012 20:38:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[100nuits]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Contre-Point]]></category>
		<category><![CDATA[Texte]]></category>
		<category><![CDATA[Ugo Palheta]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.100jours2012.org/100nuits/?p=117</guid>
		<description><![CDATA[Par Ugo Palheta Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine +30 de Julien Baroghel Parler ou être parlé…  … (disait Bourdieu), voilà un enjeu politique de premier plan. Mais conquérir une &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/02/25/70-contre-point/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/02/25/70-contre-point/' addthis:title='-70 Parler ou être parlé… '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY">Par Ugo Palheta</p>
<p align="JUSTIFY"><em>Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine <a href="http://www.100jours2012.org/blog/category/numeros/30/">+30 de Julien Baroghel</a></em></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Parler ou être parlé… </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"> … <span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">(disait Bourdieu), voilà un enjeu politique de premier plan. Mais conquérir une parole propre peut-il encore avoir un sens quand l’organisation capitaliste de la vie tend à ôter toute signification aux mots mêmes ? Ces mots qui devraient être gorgés de la mémoire collective de nos vies, de nos espoirs et de nos luttes, nous apparaissent désespérément vides, tant ils se trouvent intégrés aux rhétoriques publiques de la résignation imposée et au matraquage publicitaire du bonheur falsifié (« c’est quoi c’te vie ? […] c’est réellement du gâchis ! » dit le narrateur du film). Les images ne valent pas mieux. Ces affiches qui défilent dans le film de Julien Baroghel disent assez le simulacre de démocratie auquel donnent lieu les élections qu’à rythme régulier l’on nous concède, et qui ne sauraient provoquer autre chose que le silence – celui de ces passants, en attente (mais de quoi ?). Devenues terrain de chasse des spécialistes en marketing politique d’un côté, des commentateurs de sondages d’opinion de l’autre, elles refoulent en l’encadrant strictement toute intervention populaire autonome. Qu’on se le dise : la révolution ne sera ni télévisée, ni même « citoyenne » (encore un mot vidé de son sens) ; elle sera tumultueuse et, contre l’amnésie médiatiquement produite, devra se réapproprier tout un héritage de pratiques, de représentations et de mots, nouant ainsi un lien entre les espérances d’hier et les victoires de demain. <span id="more-117"></span></span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Au risque de la naïveté, j’aime assez l’idée que, si les élections pouvaient changer quoi que ce soit d’essentiel, en s’attaquant notamment à la racine des rapports d’exploitation et de domination, elles seraient de longue date interdites. Mais les sociétés démocratiques, ou plutôt les classes dominantes des régimes qui se prétendent tels, ont trouvé un moyen mille fois plus efficace que toute interdiction de soustraire hiérarchies et inégalités à une volonté de transformation radicale : tout d’abord nous soumettre à l’urgence de la survie (qui n’équivaut pas nécessairement à la misère), en veillant à ce que chacun s’affaire à conserver son emploi ou à en rechercher un, quand il est en privé ; puis diviser, par des stratégies, tantôt subtiles tantôt rudimentaires, ceux qui auraient tout intérêt à s’unir ; intégrer ensuite par mille liens plus ou moins visibles les agents – individuels ou collectifs – qui pourraient mettre en question l’ordre des choses (directions syndicales embourbées dans le piège doucereux des instances de « dialogue social », mais aussi prébendes que l’on fait miroiter aux contestataires qui accepteraient de jouer leur jeu) ; circonscrire la discussion publique, en chaque moment de chaque année, autour de quelques questions – viande hallal, voile dit « islamique » ou papy Voise, pour exemples – dont il importerait de discuter sans tarder mais qui sont aussitôt reléguées par d’autres, aussi bien faites que les précédentes pour passer l’essentiel sous silence ; puis distribuer la parole publique à ces « locataires mal logés du territoire de l’approbation » dont parlait Debord : journalistes dominants, prétendus experts, présentateurs-intervieweurs, en quête soucieuse de l’assentiment des puissants, du pouvoir économique qui répartit les privilèges et du pouvoir politique qui dispense les honneurs ; enfin faire des élections, non un moment de réflexion active ou un enjeu de luttes collectives, mais une foire aux bestiaux où l’on se voit invité à « choisir » entre une rigoureuse austérité et une austère rigueur, une finance moralisée et une morale financiarisée. </span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: medium">Expliquant que les mots sont des pistolets chargés, Sartre n’avait sans doute pas imaginé que, privés de toute aspérité et ainsi devenus impropres à dire le sort des humbles, ils pouvaient constituer une arme autrement pernicieuse, support d’une violence douce et vecteur invisible d’une contre-révolution qui, comme le disait de Maistre (lui sachant bien de quoi il retourne), « n’est pas une révolution contraire, mais le contraire de la révolution ». Le contraire, autant dire une lente expropriation matérielle mais surtout symbolique opérée au profit des dominants, entreprise d’extorsion de sens au détriment des dominés autant que transfert de richesse en faveur des possédants. Et quoi de plus crucial, si l’on souhaite justifier le cours du monde, que de maîtriser le sens des mots ? Ordre des choses, ordre des mots. Alors, pour faire pièce à la corruption et à la violence inerte d’un système condamné, mais dont la logique interne le conduit à tout emporter avec lui, humanité et environnement compris, une question n’en finit plus de nous tarauder : que faire ? Refusant les postures de ceux qui, se prétendant « expert » d’on ne sait quoi, exigent une part de ce gâteau toujours plus indigeste, le film livre la seule formule qui vaille, celle de la constitution – par une sorte de contagion (« et petit à petit les autres ils arriveront… ») – d’un « nous » hermétique à leurs stratégies d’intégration, autrement dit d’une auto-organisation à tous les niveaux, seule à même de « renverser le monde » – comme on osait le dire autrefois sans rougir de tant de lyrisme – et de mettre les mots au service de l’émancipation. Proposition insuffisante sans doute, mais sans laquelle rien ne saurait suffire ; peut-être davantage encore que la peur, le pouvoir de nommer doit changer de camp. </span></span></p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/02/25/70-contre-point/' addthis:title='-70 Parler ou être parlé… '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/02/25/70-contre-point/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
