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	<title>100 nuits &#187; Frédéric Lebaron</title>
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		<title>-49 « Mon pauvre&#8230; »</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Mar 2012 13:17:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[-100nuits]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[par Frédéric Lebaron Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine, +50 d’Isabelle Taveneau. Les statistiques de la pauvreté diffusées par Eurostat [1] indiquent que la proportion de « personnes en risque de pauvreté &#8230; <a href="http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/17/51-mon-pauvre/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.100jours2012.org/100nuits/2012/03/17/51-mon-pauvre/' addthis:title='-49 « Mon pauvre&#8230; » '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_button_google_plusone" g:plusone:size="medium"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">par Frédéric Lebaron</p>
<p style="text-align: justify"><em>Pendant 100nuits, chaque semaine, un sociologue propose un contrepoint à un film de 100jours. Cette semaine,<a href="http://www.100jours2012.org/blog/2012/03/16/50/"> +50 d’Isabelle Taveneau.</a></em></p>
<p style="text-align: justify">Les statistiques de la pauvreté diffusées par Eurostat [1] indiquent que la proportion de « personnes en risque de pauvreté après transferts sociaux » a augmenté depuis 2007 en France, pour s&rsquo;établir à 13,5% en 2010. Les données de l&rsquo;INSEE vont dans le même sens. A l&rsquo;échelle de la zone euro, la tendance est également à la hausse depuis 2005. On peut raisonnablement penser que la situation s&rsquo;est encore dégradée en 2011 et 2012, notamment dans les pays périphériques de la zone euro (Grèce, Portugal, Espagne&#8230;), soumis à de violents plans d&rsquo;ajustement structurel qui entraînent un recul brutal du niveau de vie moyen : celui des plus démunis est, bien sûr, encore plus touché.</p>
<p style="text-align: justify">Au sein de la population mondiale, c&rsquo;est la croissance rapide de l&rsquo;économie chinoise qui explique pour une large part la tendance à la baisse de la part des personnes disposant de moins de 2 $ (en parités de pouvoir d&rsquo;achat) par jour pour vivre. Mais le nombre absolu de personnes sous-alimentées a dépassé le milliard en 2009, pour baisser à nouveau légèrement en 2010 [2].</p>
<p style="text-align: justify"><span id="more-859"></span></p>
<p style="text-align: justify">Cependant, toutes les statistiques courantes restent muettes sur le sujet de ce court-métrage: la violence symbolique, et pas seulement matérielle, qui est associée à la situation de précarité, au chômage et au dénuement.</p>
<p style="text-align: justify">Cette violence symbolique (que l&rsquo;on peut définir comme une force impalpable, de nature surtout psychique, qui s&rsquo;exerce sur un individu) est l&rsquo;une des dimensions de l&rsquo;expérience quotidienne des personnes en situation de pauvreté. Elle redouble les effets matériels de l&rsquo;insécurité économique, en faisant intérioriser aux dominés, sous forme de « honte », le sentiment de nécessité et d&rsquo;indignité de leur situation, tout en contribuant à inhiber en eux toute velléité de révolte [3].</p>
<p style="text-align: justify">Ici un homme d&rsquo;âge moyen, assis devant une table de cuisine dans un logement dépouillé d&rsquo;ornements et de luxe&#8230; La nappe et le petit air d&rsquo;accordéon pourraient rappeler les (inoubliables) « Deschiens », mais le ton est d&rsquo;une toute autre nature que les borborygmes de Yolande Moreau ou les vérités aussi impénétrables que définitives de François Morel, Bruno Loché et leurs acolytes&#8230; La situation ne prête pas à rire.</p>
<p style="text-align: justify">Répondant à une voix féminine, l&rsquo;homme parle avec force, face à la caméra, de son expérience du mépris: celui de certains « proches », révélé par une remarque à l&rsquo;occasion d&rsquo;un repas, les commentaires moralisants de personnes modestes qui devraient pourtant, selon lui, ne pas chercher à se « distinguer » d&rsquo;encore plus démunis qu&rsquo;eux&#8230; Il évoque aussi les paroles malheureuses d&rsquo;agents du guichet de Pôle emploi, parfois volontairement blessants ou même menaçants, laissant entrevoir la fin prochaine de l&rsquo; « assistanat » et un monde darwinien d&rsquo;où toutes les protections collectives auraient disparu&#8230; Dans tous les cas, la stigmatisation, même insidieuse, du « pauvre » ou du « chômeur », produit des effets concrets: elle blesse, inhibe, et finit par « enfoncer »&#8230; Pour le dire autrement, dans les mots du sociologue, elle participe à la reproduction de la condition dominée des franges inférieures, précarisées, des classes populaires.</p>
<p style="text-align: justify">Si l’homme n&rsquo;utilise plus les mots « pauvre » ou « petit », même dans de banales expressions, c&rsquo;est pour nous faire bien mesurer toute la charge symbolique associée aux mots, qui sont plus que des simples véhicules de l&rsquo;information: ils ont un pouvoir « social » et « politique » (une « force illocutoire », dirait le philosophe John L. Austin), ici un pouvoir d&rsquo;assignation et d&rsquo;imposition d&rsquo;une philosophie implicite de l&rsquo;ordre social. Les mots du « discours public » ou du « discours social » tout autant que les mots quotidiens des proches et des quidams, ce langage dans lequel nous sommes constamment immergés, structurent notre perception de la réalité sociale.</p>
<p style="text-align: justify">Dans le mépris du « peuple » qui transpire des commentaires des politologues sur le vote Front National, il sent à nouveau la même assignation à l&rsquo;irrationalité qui fait des chômeurs des paresseux et des assistés, vecteurs qui plus est des pires immoralismes&#8230;</p>
<p style="text-align: justify">Le discours sur le chômage, comme l&rsquo;a bien montré Emmanuel Pierru [4] est fortement imprégné d&rsquo;une philosophie morale, même lorsqu&rsquo;il est produit par des « savants » ou des « experts »&#8230; Derrière le discours sur la fraude aux allocations, la paresse ou les abus de toutes sortes se cache la remise en cause du principe de solidarité qui a légitimé la création de l&rsquo;assurance-chômage, l&rsquo;une des plus grandes conquêtes de l&rsquo;État social au vingtième siècle.</p>
<p style="text-align: justify">La dégradation sociale globale actuelle, en particulier en Europe, s&rsquo;exprime aussi par le développement, difficilement quantifiable, des petites et des grandes violences symboliques qui rendent le monde social de plus en plus irrespirable ; elles font de la « colère » la première réponse, individuelle et quelque peu désespérée. Car, se pose finalement -ici comme toujours- la question de l&rsquo;issue et de la « réaction » possible face à la violence symbolique: une autre violence, symbolique ou physique, sans doute, mais laquelle ?</p>
<p style="text-align: justify">On peut penser que la seule véritable réponse à la violence symbolique sera collective et organisée. Mais il ne suffira pas de revendiquer une hausse du salaire minimum ou des minima sociaux, ce qui est déjà très important, y compris en termes proprement symboliques : l&rsquo;enjeu est le droit à vivre dignement, et seul le mouvement conscient et rationnel vers une nouvelle société, sans pauvres et sans classes, le permettra peut-être un jour à toutes et à tous.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Helvetica,sans-serif"><span style="font-size: x-small">1. Source: Eurostat.<br />
2. Jean Ziegler, Destruction massive. Géopolitique de la faim, Paris, Seuil, 2011.<br />
3. Voir Pierre Bourdieu et Coll., La misère du monde, Paris, Seuil, 1993 et Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Paris, Seuil, 1997.<br />
4. Emmanuel Pierru, Guerre aux chômeurs ou guerre au chômage, Bellecombe-en-Bauges, Croquant, 2004.</span></span></p>
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